Des corps en mouvement

Tirailleurs sénégalais

La guerre réinvestit les stéréotypes et les tirailleurs sénégalais se trouvent la plupart du temps réduits à des corps dénués de pensée. Recrutés pour leur « puissance de feu » ils restent figés dans la représentation du nègre banania. Le terme « Y’a bon », renvoie au parlé « petit nègre ». Ce langage simplifié devait « faciliter » la compréhension de la langue française par « ces pauvres malheureux sauvages centrafricains » décrits par les officiers français ».

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Le produit Banania naît dans l’esprit du journaliste Pierre Lardet qui en rapporte la recette du Nicaragua. Le premier symbole de la marque est une jeune femme antillaise imaginée par le dessinateur Tishon et la première publicité est éditée en 1914 dans le journal Excelsior. Puis, c’est un poilu imaginé par Maurice Leloir qui devient la signature du produit. Enfin, petit à petit, le tirailleur sénégalais s’impose et l’emblème de la marque est créé en pleine guerre, en 1915 par Giacomo de Andreis. Pierre Lardet inscrit alors son produit dans le contexte du conflit en proposant « pour nos soldats la nourriture abondante qui se conserve ». Il envoie même des wagons de Banania aux soldats du front.
À l’image du tirailleur, son créateur lui adjoint « Y’a bon » en 1917, surnom attribué aux tirailleurs sénégalais lors de la campagne du Maroc en 1908. Le succès de la boisson va croissant au sortir de la guerre et dans le contexte d’occupation par les « troupes noires » de la Ruhr allemande. La marque est partenaire des jeux Olympiques parisiens de 1924 et participe aux expositions coloniales françaises .
Le mythe est devenu icône. L’image du « grand enfant » s’est fixée à travers « Y’a bon », ce que dénoncera trente-cinq ans après sa création Léopold Sédar Senghor dans un texte célèbre (Hosties noires). Ce que dénonceront aussi, en 2011,
plusieurs associations obtenant devant les tribunaux l’interdiction par la société Nutrimaine (qui fabrique toujours ce produit centenaire) de reproduire le slogan Y’a bon.

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Lucie Cousturier - Peintre et écrivain

Des écrits attestent que d’autres représentations se mettent en place au sein de la population française. Lucie Cousturier, artiste peintre vit à Fréjus et y peint des œuvres majeures, excellant dans les paysages lumineux, les portraits, les fleurs ou les natures mortes.
Estimant insuffisant l’apprentissage de la langue française tel qu’il est pratiqué dans les camps militaires, elle dispense des cours de français à un certain nombre de tirailleurs africains qui fréquentent son domicile transformé en école. Elle publie le récit de cette aventure en 1920, sous le titre Des Inconnus chez moi.