Retour en Afrique

L’histoire ou l’absence d’histoire racontée en Afrique

La population reste réticente à parler et l’accès aux archives demeure difficile ou alors elle ne sont pas numérisées quand elles n’ont pas été tout simplement « oubliées » dans un carton.
« On se moque un peu des tirailleurs, en disant qu’ils ont aidé la France à coloniser l’Afrique, pointe Moustapha Diallo, documentariste. Les jeunes notamment ont cette impression, c’est l’héritage qu’ils ont reçu de l’indépendance. Les tirailleurs sont considérés comme des traîtres, parce qu’ils ont aidé le colonisateur. »
Vincent Joly, historien français spécialiste de l’histoire coloniale subsaharienne, remarque de son côté que l’historiographie des colonies est conséquente, mais qu’elle est surtout l’œuvre de chercheurs français, britanniques et nord-américains. Il confirme surtout que les Africains sont peu nombreux à s’être emparés du sujet. « Il y a aussi des Nigérians et des Ghanéens qui ont travaillé sur ces questions-là, mais très peu du côté francophone. »
La première raison de cette démission historiographique est une forme d’autocensure politico-diplomatique : « Les Français n’en ont pas parlé pendant la colonisation, et après l’indépendance les hommes politiques n’ont pas soulevé le problème pour rester en bons termes avec les Français. »

Des motivations politiques d’un autre ordre permettent aussi d’expliquer cette désaffection : le besoin d’États naissants, soucieux d’émancipation et de valorisation identitaire, de bâtir, ou plutôt de mettre en lumière, une histoire nationale déliée de la présence coloniale. « Les tirailleurs, ce n’était pas un sujet spécialement attirant pour les historiens africains, dit encore Vincent Joly. Peut-être ont-ils pensé qu’il y avait des questions plus importantes à étudier, en particulier dans l’histoire précoloniale, qui paraissait stratégiquement plus intéressante que l’histoire coloniale en elle-même. Ce qui est tout à fait légitime comme interrogation, a fortiori pour une génération de chercheurs qui a commencé sa carrière universitaire dans les années 1960 et qui faisait une histoire militante. Pour eux, il fallait d’abord retrouver le passé précolonial.

JPEG - 2.4 Mo