Retour à Madagascar

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A leur retour, la plupart des tirailleurs malgaches veulent faire la peau à ces recruteurs considérés comme des planqués et des profiteurs. La lecture des rapports de police et les articles de presse en octobre et novembre 1919 est sidérante. On assiste à une extrême violence alors que la société malgache se caractérise par une grande maîtrise de soi. Des chefs de village sont pris à partie. Des rixes dégénèrent. Une trentaine d’anciens tirailleurs venus prêter main forte à des camarades tuent un policier. En octobre et novembre 1919, une centaine d’actes de violences sont relevés par la police : des bagarres, des rackets, des viols. Il y a sans doute une forme de « brutalisation », une forme d’accoutumance à la violence qui était étrangère à la société malgache.
Ce sont plus de 30 000 anciens combattants qui reviennent avec un statut différent. Ils sont revenus ayant exercé le métier des armes donc dans une autre catégorie. Leurs modèles sont différents. Il y a une perturbation de l’harmonie de la société dont l’organisation autour de groupes sociaux hiérarchisés est assez hermétique, tant sur le plan horizontal (ethnique) que vertical (des élites aux descendants d’esclaves). Comment réagissent les autorités françaises ? En mettant l’accent sur le fait qu’il faut se souvenir que les tirailleurs ont servi la France. Les autorités françaises vont essayer de les acheter et de les isoler en leur donnant des concessions forestières en marge des hauts plateaux. Nombre d’entre eux acceptent parce qu’ils prennent conscience qu’ils n’obtiendront pas mieux. Après ces deux mois de troubles, on assiste à un retour au calme.
La mémoire des tirailleurs malgaches est blessée. Elle va rester en grande partie silencieuse. Ces hommes partis comme combattants ne sont finalement pas allés au feu. Mais ils ont vu l’horreur, ils ont vu l’homme blanc se livrer à des actes de barbarie. Ils ont subi cette expérience traumatisante, dans un contexte de hiérarchie entre dominants et dominés. Et pour finir, il y a ce retour : les Malgaches ont peur d’eux. Les Français, qui s’en méfient, achètent leur silence en leur donnant des terres.